| CHAPITRE VII |
DEUX ANS DE KABILISME
I. LA RESPONSABILITE MILITAIRE
II. LA RESPONSABILITE POLITIQUE
III. LA RESPONSABILITE SOCIO-ECONOMIQUE
On nous demande de dresser le bilan de deux ans de gestion du Gouvernement de Salut Public de Kabila, ex-AFDL , C.P.P «in fieri», «Kabiliste» tout court.
Dans les systèmes démocratiques, on rédige les bilans pour évaluer et, par la suite, sanctionner positivement ou négativement la gestion du pouvoir exercé au nom du peuple.
En RDC, encore aujourdhui, la notion de RESPONSABILITE POLITIQUE demeure totalement inapplicable et inappliquée.
On dirait que personne ne sera jamais appelé à répondre des erreurs, des retards, de lincompétence, du manque de respect du calendrier électoral, de la grave crise économique qui affligent le peuple Congolais.
Malgré cela, à notre avis, le "Souverain primaire" doit demeurer le dernier juge "implacable".
Voilà pourquoi nous avons décidé danalyser les deux ans de "Kabilisme", non selon des paramètres personnels, mais à la lumière de ce concept politique fondamental, en DEMOCRATIE, qui est la "RESPONSABILITE" : militaire, politique et socio-économique.
I. LA RESPONSABILITE MILITAIRE
Depuis 1996, notre pays ne connaît plus de vraie paix.
Même après la date fatidique du 17 mai 1997, on nous répétait que "lETAT DEXCEPTION" (sur lequel, entre autre, était et est fondée la compétence, même en matière civile, de la Cour dOrdre Militaire, le décret-loi de cessation des hostilités nayant jamais été promulgué) devrait se prolonger , sans interruption, pendant deux ans .
Les « coopérants militaires », sans traité de coopération, qui étaient les tutsis pour le Gouvernement Kabila après le 27 juillet 1998, ont décidé de continuer à combattre contre le pouvoir de Kinshasa, même si Mobutu, désormais nétait plus là.
On pourrait se demander QUAND LAGRESSION TUTSI a-t-elle réellement commencée.
Seulement en répondant à cette question, nous serons en mesure de bien placer le problème de la RESPONSABILITE MILITAIRE de la grave crise régionale des Grands Lacs dont, les Congolais, sont les principales victimes civiles.
II. LA RESPONSABILITE POLITIQUE
Politiquement, les institutions de la 3ème République nont jamais démarré. LETAT DEXCEPTION ", dans le domaine politique, prend le nom de " SUSPENSION DES ACTIVITES POLITIQUES ", formalisée par le Décret-loi n° 194 du 29/01/1999, qui sanctionne la dissolution légale des partis politiques, dont les activités sont devenues pénalement sanctionnable selon larticle 42.
Le gouvernement Kabila est, en même temps, détenteur absolu du pouvoir LEGISLATIF, EXECUTIF et même JUDICIAIRE, si on doit comprendre juridiquement le sens de la REVOCATION de plus de 300 magistrats par Décret-Présidentiel et sans lavis des organes de conseil de la magistrature.
La vraie opposition, pendant deux ans, a été tout simplement martyrisée. Notre personnelle expérience de cinq arrestations extra-judiciaires pour "activisme politique" fait partie, aussi de ce BILAN.
Il est absolument nécessaire que des institutions consensuelles, et démocratiques soient mises en place, pour rendre effective la RESPONSABILITE POLITIQUE du Gouvernement, par la soumission de lactivité de lexécutif à la confiance et au contrôle dun parlement de transition. Personne na le droit de prendre tout un peuple en otage.
III. LA RESPONSABILITE SOCIO-ECONOMIQUE
La gestion "cavalière" du Gouvernement Kabila, en matière économique est exprimée, dune manière éloquente par la célèbre "POLITIQUE DES DONS".
Dans notre pays, pendant deux ans, nous navons jamais entendu parler de "lARGENTS DU CONTRIBUABLE CONGOLAIS", mais plutôt , des "dons du président".
Nous voudrions comprendre lalchimie fiscale par laquelle on arrive à placer cette "politique des dons", dans une saine politique budgétaire dun Etat où, jusquà preuve du contraire, il existe bel et bien une loi financière en vigueur.
Peut être la seule explication valable est que, en RDC, un vrai budget de lEtat na jamais existé.
Sur lautel des paiements des "Factures de guerre" et des "privatisations-cadeaux de guerre", toute une économie est sacrifiée.
On prétend dimposer un taux de change fixe à léconomie sans avoir les devises pour le soutenir par des manuvres de "OPEN MARKET".
Cette contradiction nous la payons très chère en terme de manque de recettes fiscales, arrêt des activités productives, hyper-inflation même par rapport aux prix exprimés en devises.
Le résultat a été la paupérisation généralisée.
Sagit-il damateurisme économique ou irresponsabilité sociale ? Si nous analysons le niveau, sans précédents, de RECESSION ECONOMIQUE atteint, on dirait quil sagit quand même damateurisme économique.
Mais quand nous constatons que, plutôt que "CHASSER LE CHOMAGE" - comme on proclamait de vouloir faire - on a "CHASSE LEMPLOI", on dirait quil sagit dIRRESPONSABILITE SOCIALE.
IV. CONCLUSION
Les responsabilités du Gouvernement de Kabila dans la CRISE CONGOLAISE, en tant que :
* Président de la République ;
* Chef du Gouvernement ;
* Ministre de la Défense ;
* Président démissionnaire de lAFDL
* Ex-allié des tutsis,
sont évidentes.
Il y a une seule manière pour remettre, enfin, le 17 mai 1999, le pouvoir au souverain Primaire, comme promis : en reconnaissant ses "RESPONSABILITES" dans la gestion calamiteuse de la chose publique selon les règles propres dune véritable DEMOCRATIE PLURALISTE ET REPRESENTATIVE , que, de toute façon, le Congo deviendra un jour, inévitablement.
Kinshasa, le 17/05/1999