CHAPITRE II

TA POLITIKA

I. TA POLITIKA

Qu’est-ce que la politique ?

Le mot politique provient du Grec ancien " TA POLITIKA " qui signifie littéralement " Les choses qui concernent la POLIS (CITE) ". C’est pourquoi, il est insensé de donner à la politique une connotation négative ou la traiter comme synonyme d’intrigues, machinations et combines. La politique, en soi, n’est rien d’autre que l’instrument privilégié, identifié par l’être humain dans son histoire pour organiser rationnellement la société complexe où il vit.

On ne doit pas confondre la partialité d’une idéologie quelconque, d’une opinion, avec la fonction de la politique qui est une fonction NEUTRE de médiation des conflits, des oppositions et des divergences d’opinions et même des cultures.

Une société qui ne reconnaît pas le rôle et la valeur de la médiation politique est destinée à vivre dans des conflits sociaux pérennes, dans l’impasse économique et - il ne faut pas se le cacher – elle connaîtra la guerre.

" TA POLITIKA " est tout ce qui concerne la " Polis ", la Cité. Personne ne peut être exclue du discours politique et démocratique parce que nous tous, nous faisons parti de la société.

II. DEMOS CRATOS

Analysons le mot Démocratie : elle vient du Grec ancien " DEMOS CRATOS " qui signifie "pouvoir ou gouvernement du peuple". Il peut y avoir démocratie si seulement si les valeurs, les intérêts et les opinions peuvent se manifester librement dans une société.

A l’époque de l’ATHENES DE PLATON, SOCRATE et ARISTOTE, cela se vérifiait dans les Assemblées publiques auxquelles tout Citoyen était appelé à participer.

Dans les sociétés modernes, à cause de leurs structures complexes, la circulation des idées et des intérêts passe par les associations libres à connotation politique qui sont les partis politiques. Donc, nier le droit d’existence des partis politiques signifie nier non seulement la politique et son rôle de médiation des conflits, mais surtout la Démocratie elle-même.

Le circuit DEMOCRATIE – POLITIQUE LIBRE – DEVELOPPEMENT est caractérisé par une structure rigide qui n’accepte pas des demi-mesures. Si on prive ce circuit d’un de ses éléments constitutifs, la société sera soumise à un court-circuit infernal qui l’éloignera des flux économiques, scientifiques et technologiques qui se développent dans le reste du monde et elle ne pourra pas connaître la croissance dans une réalité globale de mondialisation économique.

Dommage que les malheurs ne s’arrêtent pas là, parce que cette société privée du rôle sociologique de la politique, comme instrument privilégié de pacification, sera une société qui exporte les conflits.

(1) MAX WEBER, (2) ADAM SMITH, et d’autres avant eux, ont démontré cette dérive dans leurs analyses plus connues.

Je suis un passionné de la politique en tant que science sociale qui me permet de comprendre la dynamique des phénomènes qui se déroulent autour de moi. Pour cela, je suis profondément affligé par le constat de mystification qui caractérise notre société et qui nous empêche d’évoluer.

III. LES PARTIS POLITIQUES

On peut se demander s’il soit possible de concevoir une DEMOCRATIE sans pluralisme et sans partis politiques. Les sciences sociales ont, par rapport à l’histoire, les mêmes relations qu’il y a entre les sciences naturelles et l’expérimentation ou la représentation par des modèles mathématiques.

L’histoire est le paramètre privilégié de la vérification des thèses politiques et sociales.

L’histoire nous démontre que, dans les Etats modernes démocratiques, ce sont essentiellement les partis politiques qui se chargent de la représentation des intérêts et des opinions des citoyens, en tant que groupes intermédiaires entre le peuple et l’Etat.

Est-ce que la société civile peut-elle se charger de ce rôle ?

Une société civile qui se donnerait cette tâche perdrait automatiquement sa connotation de " civile " pour devenir " politique ".

Elle serait rien d’autre qu’un complexe de partis politiques qui cache son nom et son véritable rôle et, cette dérive, pour raison de transparence, n’est pas souhaitable pour un Etat démocratique.

Voilà démontré que les partis politiques sont des éléments fondamentaux et indispensables du panorama politique d’un pays.

Peut-on parler de démocratie en présence d’un régime de Parti unique ou d’un système qui définit strictement par la loi le nombre et les caractéristiques des partis politiques ?

Revenons encore à l’étymologie du mot " politique " : " les choses qui concernent la polis " sont plurielles comme sont nombreuses les réalités sociales qui se réfèrent à la cité.

Est-ce qu’on peut penser d’enfermer l’évolution d’une société dans un schéma absolu bloqué à la source ? Les sciences sociales nous démontrent qu’on ne peut pas, à priori, empêcher l’évolution continuelle et la circulation des classes dans une société pour longtemps, c’est pourquoi nous n’avons pas intérêt à bloquer les progrès d’une nation à cause d’un " à priori " erroné. La politique, dans sa signification, plus profonde, implique logiquement le PLURALISME DEMOCRATIQUE.

IV. LES ELECTIONS

J’aime toujours analyser les concepts à partir de leur étymologie parce que cela me permet de comprendre la signification plus profonde d’un mot.

Le mot élection vient du verbe latin " ELIGERE " qu’on peut traduire avec le mot " CHOISIR ", mais il y a dans ce verbe l’élément " de faire sortir une chose d’un ensemble de plusieurs choses " et cette signification dérive de la préposition " EX " contenu dans le verbe " E-LIGERE "; cela veut dire qu’on peut avoir Election seulement s’il y a une pluralité de CHOIX possibles.

Et, inutile ici de le répéter, ce choix ne peut être que politique, dans le sens que nous avons développé plus haut.

V. LE DIAGNOSTIC

Le diagnostic est là et personne ne peut, scientifiquement et en toute bonne foi, le contredire.

Ne faisons pas comme un malade qui refuse de se soigner tout en connaissant le nom de sa maladie. Remettons " LA POLITIQUE ", en tant qu' instrument privilégié de médiation et pacification, au centre du " DEBAT NATIONAL ", et, j’en suis certain, la guérison des maux qui nous rongent suivra d’elle même.

 

Novembre 98

Eugène Diomi Ndongala